mardi 5 décembre 2006

Ouvrez ouvrez la cage aux...

16h30, heure de la libération.

Je leur dis de s'habiller. Chacun et chacune s'affairent en blablatant, hissant sur leurs petites épaules de 6 ans leurs grands cartables (certains tiendraient tout entier dedans, bien roulés en boule.)
Non pas qu'ils soient lourds, ces cartables, 2 petits cahiers dedans + le livre de bibliothèque (et au choix, dragons, barbies, bêtes bizarres qui hochent la tête, élastique, tractopelle, corde à sauter, indiens, dessins pour maman, billes, petits poneys, petites voitures ou avions...) oui, je tolère les jeux pour la récré à 2 conditions essentielles, incontournables et indiscutables :
          1 - que jamais n'en apparaisse le bout de la couette du phare de la plume de la roue de la crinière devant mes yeux pendant la classe (sous peine de confiscation immédiate ET de longue durée),
          2 - que je n'en entende pas parler (je voulais pas lui prêter mais il l'a pris quand même, j'ai perdu une des chaussures, j'avais 3 voitures mais j'en trouve plus que 2, il me l'a pris mais maintenant il dit que c'est à lui mais en vrai c'est à moi, etc. S'ils ne veulent pas avoir d'ennuis, ils n'amènent pas de jouets, point.)

Quoi, tortionnaire ? Souvenez-vous, le tac-tac-tac multiple et rebondissant du paquet de billes qui se fait la malle sur le carrelage...Aaarrggghh !  Du coup, quand une bille s'échappe en classe, la rebelle, bizarrement elle n'appartient jamais à personne. Etrangeté de la vie... (donc je commence d'en avoir une super collec' dans mon tiroir, et des très jolies !)

[Par contre, collections de cartes (pokétruc et autre) et jeux électroniques, (des histoires inextricables, et des vols bien sûr) sont eux interdits.]

Mais je m'égare. Je voulais juste dire que si les cartables sont durs à mettre sur les épaules, ce n'est pas à cause de leur poids (pas à 6 ans), c'est surtout que les épaisseurs de gilets et de blousons, ça complique tout pour passer les bretelles (et je vous cause même pas de la roublardise de la capuche, qui se roule, fait obstacle...)
Et donc "ils" en étaient là, se harnachant tant bien que mal pour aller se ranger devant la porte, s'interpellant et chahutant, normal quoi. Seul E. n'a pas pris son cartable, éternel bienheureux persuadé qu'il est l'heure d'une récré supplémentaire. Je l'ai vu, mais je ne dis rien (gnark gnark gnark). Mais pour une fois il me surprend : il prend conscience tout seul que les copains ont pris les cartables. Stupéfait, il fait un tour sur lui-même, se coupe lui-même la parole (oui oui, dans son permanent monologue, c'est possible), et s'interroge de sa grosse voix éraillée :

- Ah ben ? Pourquoi vous prenez les cartables ? C'est k'c'est l'heure des mômans en fait ?

Sympathiquement, quelques voix lui répondent que oui, évidemment, enfin voyons, quoi.
Alors E. se retourne, hilare, les mains sur le ventre, et de sa voix la plus grave, la plus rocailleuse et la plus tonitruante possible, lance :
- Sans déconner, les gars ???!!!   

(Alors la maîtresse s'est retournée contre la porte pour exploser de rire elle aussi. Tant de spontanéité, de naturel... Elle riait encore toute seule 10 minutes plus tard.)

Sans déconner, E., c'était vraiment l'heure des mômans.

Posté par Mimi Je Reve à 23:19 - - Commentaires [12] - Permalien [#]