Depuis que je tiens ce blog, je m'étais toujours dit qu'un jour je vous parlerais de mon chat, cas spécial s'il en est. Pas façon chaton cromeugnon, ouh la nooooon...

J'avais toujours dit, pas de chat en appart'. Un chat, ça a besoin de courir dans l'herbe, de chasser les papillons, de dormir au soleil... et puis un jour, concours de circonstances, occasion soudaine, longue hésitation.. et voilà.
Je pensais adopter un chat qui avait besoin d'un foyer, en fait j'ai emménagé avec... un gremlin.

bulle   Et pas des moindres.

Déjà le jour de la rencontre, une Bulle ça vous surprend. 4 mois mais sacré caractère. 
Robe "écaille de tortue-chocolat", c'est à dire grise avec des taches... roses. Jamais vu de chat rose, côté poil je veux dire !!! Comme si elle avait été aspergée par l'explosion d'une boîte de thon. Elle a bien failli s'appeler Miette, du coup. Mais non. Je préférais Bulle. Ah ça, pour être pétillante...
En grandissant, les taches roses deviendront beiges, ce qui est bien plus banal, admettons-le.

Une Bulle, c'est très difficilement approchable, ça feule, ça crache, ça gronde, ça attaque dès qu'on change son environnement.
Une Bulle, c'est une boule de nerf, toujours à vif, toujours sur la défensive, très probable traumatisme quand elle était petite.
Une Bulle, ça se focalise sur mes mains, ça les suit du regard puis ça attaque avec les dents, gare aux mains, avant-bras, mollets, aïe aïe aïe. Grosses factures de désinfectant. Ce qui faisait dire à mes collègues que j'étais dingue de garder une bestiole aussi ravagée. Certes.

Le véto diagnostique dès la 1ère rencontre des troubles du comportement -sans décoooooner ?- , confirmés par l'état de mes mains et bras lacérés, et il suggère que si je ne me sens pas capable de la garder il comprendrait. Que cette pathologie se retrouve dans 2 cas sur 100 environ -et c'est pour ma pomme...- Que ce genre de chat peut être assez dangereux, quand même. Et qu'il vaut mieux que ces psychocats ne se reproduisent pas, d'ailleurs -ça tombe bien, ça n'était pas mon idée, hop, couic !-

Je reconnais qu'il m'est arrivé de me poser la question, une ou deux fois. Pas fastoche tous les jours de se méfier tout le temps, d'anticiper en permanence. Surtout au moment du coucher, quand tapie dans l'ombre elle me sautait sur les mains dès la lumière éteinte, jeu quotidien du soir... J'ai vite appris à ne rien laisser dépasser de la couette, pieds ou coude.
Mais on s'habitue à vivre sur ses gardes, et je ne mettais personne d'autre en danger. C'est sûr que dans une famille avec enfants, la cohabitation n'aurait pas été possible.
Et puis c'est MA Bulle. Avec ses bons côtés entre chaque pêtage de plombs. Malgré tous les lambeaux de peau de bras que j'y ai laissé. Qui, une fois calmée vient se blottir tout contre moi, ronronnante, la patte victorieuse et toute douce posée sur un coin de moi, joue, bras, épaule... Ma schizocat.

Pour me défendre, j'avais misé au départ sur le brumisateur d'eau. Tu m'attaques les mains, je te pschitte. Ah mais. Jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'il ne s'agissait que d'eau...Au lieu de battre en retraite, elle s'est mise à fermer les yeux et à se lécher les babines... avant de repasser à l'attaque. Perdu !
Alors j'ai investi dans une petite bombe de déo bon marché, et là ça a été efficace, après juste quelques pschitts je n'avais plus besoin que de montrer la bombe pour qu'elle cesse ses attaques. Les mamans-chat apprennent à leurs petits -et pas tendrement !- à jouer sans faire mal, sans mordre ni griffer. Bulle n'a visiblement pas appris, pas eu le temps, sevrée trop tôt peut-être ? Elle adore jouer, mais à pleines dents. Aïe.

D'ailleurs le véto, la première année, a dû l'endormir à travers la cage pour pouvoir la vacciner. La 2ème année, il m'a demandé de la maintenir parce que l'assistante n'y arrivait pas. L'avantage, c'est que moi je connaissais mon chat et ses réactions, donc oui, je pouvais effectivement la maintenir. A la 3ème visite annuelle, il n'a toujours pas pu l'examiner mais m'a félicité pour ma patience et les progrès de la bête. Elle crachait toujours, mais... moins. L'habituer aux caresses. La calmer.

Une Bulle, c'est aussi un chat qui répond vach'ment bien à son prénom. Soit qui tourne la tête, soit qui répond, soit qui vient. Jamais rencontré un chat qui rapplique aussi bien quand on -je- le rappelle. Et qui, si elle est un peu loin, miaule, comme pour dire "Je t'ai entendue, j'arrive !"

Une Bulle, ça attend sur le tapis de la salle de bain que tu sortes de la douche, puis ça te lèche l'eau sur les mollets, c'est rigolo...
Parfois, elle saute dans la douche avant moi et essaie d'attraper l'eau qui coule. Ne craint absolument pas d'être mouillée.
Une Bulle, ça joue, tout le temps, et parfois quand tu sors de la douche ben ya plus de tapis... il est de l'autre côté de la salle de bain. Dommaaaaaage !
Des fois quand tu rentres le soir, tu retrouves même le tapis de douche carrément à l'entrée de l'appart.

Une Bulle, ça s'assoit sur la machine à laver quand tu te prépares le matin, en suivant chacun de tes gestes, et ça essaye d'attraper la brosse à cheveux, pendant que tu te coiffes de préférence.

Une Bulle, ça fait des bisous. Oui oui.

Une Bulle, ça raffole de l'herbe dans le pot d'herbe-à-chat, et ça se laisse embrasser dans la nuque, là où c'est le plus doux, pendant qu'elle grignote sa verdure.

Une Bulle, ça ne touche ni aux papiers-peints, ni aux plantes vertes. Tant mieux !

Une Bulle, ça ne mange pas de viande. Ni croquettes, ni pâtée à la viande. Croquettes au poisson exclusivement sinon elle n'y touche pas. Et tu peux laisser poulet, jambon ou crevettes sur la table, rien à craindre. Par contre la salade, la mâche surtout... elle se sert. Elle met le nez dans mes compote et m'en boulotte le quart. Si je la laisse faire ? Bah bien sûr, allons, c'est MA Bulle... Et la pomme, elle croque carrément dedans.

Une Bulle, c'est câlin... parfois. Pas souvent. Mais de plus en plus, quand même. Brefs instants.
Une Bulle, ça s'approprie un doudou, au départ une trousse en poils de muppets orange dans laquelle je comptais ranger des feutres... c'est devenue la sienne, mâchouillée, traînée dans tout l'appart dans la gueule comme une mère-chat traîne ses petits, en gramouinant, et je retrouve la trousse dans mon lit, sur le canapé, sur le tapis de douche, dans sa boîte, devant la porte, n'importe où... La trousse baladeuse, j'adore.

Une Bulle, au bout de 2 ans de cohabitation, commence doucettement à demander à venir sur tes genoux, d'elle-même, alors tu vires l'ordi vite vite pour profiter à fond des 10 minutes suivantes. Parce qu'elle se redressera aussi soudainement qu'elle est venue, sans prévenir, réveil en sursaut et coup de dents en guise d'au revoir.

Ma Bulloche sur les genoux, les yeux dans les yeux.
Dompteur/domptée, égalité.

Et puis quand on ne fait pas ce qu'elle veut, une Bulle frappe. Ouais, ouais, un coup de patte sur ton pied, et fort en plus ! La première chatte vindicative que je rencontre.
Une Bulle, ça peut faire front à 3 humains dans un couloir, sans reculer, juste en grondant. Dont une tante qui n'osait plus aller faire pipi, du coup. Une Bulle, ça peut faire peur, oui oui. Si t'avances, tu prends un coup de patte, schping.

Une Bulle, c'est un gremlin, certes, mais c'est MON gremlin.

Une Bulle ça prend vite l'habitude de sortir une heure le soir quand je rentre du boulot. Avant que la nuit ne tombe, je sors sur le parking, je l'appelle, elle rapplique illico, je la choppe au vol ou bien je l'attire avec un brin d'herbe ou un morceau de bolduc, et on remonte toutes les 2.
Et puis parfois, quand elle demande à sortir, elle est si excitée de voir que je viens lui ouvrir qu'elle me crache et m'attaque. Alors je n'ouvre pas, j'attends que madame se calme...
Quand elle est dehors, je surveille les bruits dans la rue, parce qu'il y a 4 autres chats dans l'impasse, et mon associale notoire se sauve en crachant et en triplant de volume si l'un d'eux l'approche de trop près. Alors je bondis et ouvre la porte, et elle me file entre les jambes ventre-à-terre. Pas besoin d'aller la chercher, ces fois-là...

Un mercredi 1er octobre, en 2008, ma Bulloche me réveille de la sieste pour sortir. Je lui ouvre. Fin d'après-midi, je descend la chercher, pas de Bulle. Même pas l'habituel miaulement qui dise "je suis là, j'arriiive !", non plus.
Gloups.

Une Bulle, ça disparaît comme ça, sans prévenir... malgré les longues balades dans les quartiers environnants à appeler, les mauvaises nuits à somnoler en espérant l'entendre gratter à la porte, à se précipiter au moindre bruit dans l'escalier, les appels sur le parking quitte à passer pour une folle vis-à-vis de l'immeuble en face, les affichettes avec photo distribuées dans les boîtes aux lettres, les coups de fil à la spa en précisant son numéro de puce d'identification, au cas où quelqu'un la trouve, les coups de fil de gens pensant avoir vu un chat gris, la découverte d'un tas de jardins et parcs cachés derrière les hautes grilles, insoupçonnables, les visites plusieurs mois après à la gentille vieille dame 3 rues plus loin.
Passage à vide, forcément.
(C'était là)

Une Bulloche, ça manque. Longtemps. Même un an après. Il m'arrive encore d'appeler, parfois le soir, sur le parking, quand je rentre tard. Des fois que...

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