dimanche 27 avril 2008

Anonym'âge...

Coup de fil, numéro caché comme d'hab, y'en a légèrement marre...

- Bonjour madame ****** (tiens, il sait prononcer mon nom, à peu près, celui-là. Charmant accent, ceci dit, et en plus j'arrive à comprendre ce qu'il me raconte, ça change.)
Luc Bidule, de la société "MachinTruc".
Bla bla bla bla bla bla, je le laisse dire, je n'aime pas couper la parole aux gens, il fait son boulot après tout, bla bla bla, offre très intéressante, bla bla bla, occasion unique, bla bla bla, réservée aux plus de 50 ans.
(sourire intérieur, je me demande si j'ai bien tout compris, nan pasque quand même quoi, il parle vite ?!!)

- Vous avez bien plus de 50 ans, madame ? (ah ouiiii, c'est ça, j'avais bien entendu !)
J'éclate de rire, forcément.

- Aaaah, pas du tout, mais alors pas du tout !
Du coup, lui aussi il rigole.
- Ah ?! Et bien tant mieux pour vous, madame !
Bonne journée, au revoir !

???
C'est quoi, leur base de données ? les stats d'années de distribution des prénoms ?
Bon, au moins il était sympathique !

Edit : bon, après recherches, j'ai vu que mon prénom n'était en fait pas plus fréquent il y a 60 ans qu'aujourd'hui, il y a juste eu un léger pic entre 72 et 90, donc pour le 3ème âge c'est pas encore ça (n'est-ce pas, heeeiinn ?)

Alors quoi, ils se basent sur mes habitudes de consommatrice ?
Arghh.
J'ai peur. (De mes habitudes ?)

Posté par Mimi Je Reve à 21:21 - - Commentaires [11] - Permalien [#]

vendredi 11 avril 2008

Zone A

- Pendant les 10 jours qui viennent, je souhaite que vous preniez le temps de bien vous reposer, que vous vous entraîniez à faire des petits calculs de tête, et n'oubliez pas de lire le livre que je vous ai donné, on en parlera ensemble à la rentrée. Et surtout reposez-vous, sortez, jouez, aérez-vous ! Allez, bonnes vacances à vous !   (*cris de joie*) (*cavalcade vers la porte*)
- Merci maîtresse, bonnes vacances à toi aussi ! Est-ce que tu vas partir ?
- Oui, je pars demain.
- Ouaaaah, mais moi aussi je pars demain ! Si ça se trouve maîtresse, on va en vacances au même endroit !!!
(aaarrrgghhhh... pourvu que non) (l'angoisse !!!)

Nan, sans dec', je vous aime bien, les loulous, les miss, les zozos, les z'affreux..., mais moi aussi j'ai besoin de changer d'air, là, t'vois... et surtout, surtout, surtout, de me reposer les oreilles.
(Et pis accessoirement j'aimerais bien me souvenir ce que c'est que de terminer une phrase -en entier- sans me faire couper la parole 3 fois) (parce qu'alors ça, ça me gaaaaave...) (Et je n'ai toujours pas trouvé le moyen -efficace sur la durée, en tout cas- d'y remédier.)

***

Bon, quant à vous, si vous pouviez faire quelque chose pour le soleil...??? Hein, dites... Juste un 'tit peu, quoi...
En tout cas, à très bientôt !

Posté par Mimi Je Reve à 21:05 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
lundi 7 avril 2008

Vocabulaire

- Tu sais maîtresse, dimanche je suis allé dans une église.
- Ha bon ?
- Ouais, y'avait un papy il avait un long truc blanc, un peu comme une robe, et puis Nadine la maman du bébé elle le tenait comme ça (geste comme pour bercer), et elle a mis le bébé au dessus du truc, là, tu sais...
- ... ?
- Un peu comme ça, le truc comme pour mettre la salade, là... (la voix a baissé, tellement que je ne suis pas sûre d'avoir bien entendu...)
- Comment ?
- Nan, mais je sais pas comment ça s'appelle, le truc, là... (gêné de ne pas se faire comprendre, le loulou)
- Explique moi, comment c'est fait ?
- Ben c'est comme ça (mains en forme de coupe), comme le truc où on met la salade...
- Un saladier ?  (:-D)
- Ouais, c'est ça, un saladier, elle a mis le bébé couché au dessus du saladier et le papy il a pris de l'eau dans une tasse et il lui a versé sur le front.
- Ha d'accord. (Surtout, garder son sérieux)
- Et ben tu sais maîtresse, ça s'appelle un baptème.

Alors je lui ai dit, quand même, que ce saladier-là s'appelait en fait un bénitier.
Et là... les questions ont fusé de partout. De l'intérêt, de la curiosité, des interrogations...
J'ai tout stoppé, je leur ai suggéré de voir avec leurs géniteurs pour les réponses à leurs questions.
J'aurais pu le faire, bien sûr, en restant dans le général. Mais j'ai eu peur d'avoir des retours d'autres parents.
Et puis on avait une leçon sur le feu.
Bref, la maîtresse qui ne se mouille pas trop...

(hahem, pour une fois...!)

Posté par Mimi Je Reve à 19:10 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
jeudi 3 avril 2008

Haut les mains, peau d'lapin, ...

eau

J'avais préparé un parcours, ils devaient passer dans un cerceau, ramasser le coquillage lesté en plastique fluo, et repasser dans le second cerceau avant de remonter (oui, je les autorise à remonter, quand même). J'étais accroupie au bord du bassin, d'une main je maintenais un cerceau qui avait tendance à se placer perpendiculairement au parcours, de l'autre (main) j'ai voulu rattraper l'autre (cerceau) qui se détachait de son pied lesté et se faisait la malle.

Il y a eu ce moment où j'ai pris conscience que mon centre de gravité n'était plus du bon côté du bassin.
Puis ces quelques secondes qui m'ont semblées si longues, où je me suis dit que ça n'était pas possible, je n'allais quand même pas chuter dans l'eau, et tous ces effoooooorts pour réablir l'équilibre, au moins doucement rebasculer côté carrelage. Toute cette concentration je-repars-en-arrière-je-repars-en-arrière-je-repars-en-arrière-tout-va-bien-mais-si-allez-allez-en-arrière-toutes !

Et puis ce moment précis où j'ai compris que quoi que je tente, c'était fichu. Qu'en fait j'avais déjà commencé de tomber, qu'il n'y avait aucun revirement possible.

PLOUFFFF. Toujours accroupie, roulée en boule.
Tout doucement, même pas un grand bruit.

Le coup d'oeil surpris des maître-nageurs, à l'autre bout du bassin. (Bah non hein, y'en a pas un qui a volé à mon secours, tu parles, pffff)
La surprise de mon groupe de me voir soudainement à leurs côtés, et non plus penchée au dessus d'eux.
Il m'a fallu un bon quart d'heure au moins pour arrêter de rire bêtement de moi-même, tout en expliquant les exercices aux loulous encore sous le coup de l'étonnement.
Terminer la séance en tee-shirt et pantacourt dégoulinants, schplorf schplorf.

- Ah ben maîtresse, heureusement que t'as un change, hein !!
(oui, ben j'ai un maillot en dessous, aussi, quand même !) (mais heureusement, t'as raison.)

Et devinez qui s'est fait un plaisir, au retour, de franchir le portail de l'école en hurlant :
" La maîtresse, elle est tombée dans l'eau-euh !"
Histoire d'être bien sûrs que toutes les autres classes (et les collègues) avaient bien entendu...

Bande de p'tites charognes, va !
Z'allez voir, à la prochaine séance...

Posté par Mimi Je Reve à 19:30 - - Commentaires [29] - Permalien [#]
mardi 1 avril 2008

Les petits poissons, dans l'eau...

Je cherchais quelque chose pour aller à la pêche, bien gros, bien drôle, mais l'inspiration n'est pas venue...
En désespoir de cause, j'ai choisi de leur dire que dès la semaine prochaine j'allais quitter l'école pour aller dans une autre ville (bof). Mon collègue m'avait bien rappelé que c'était à double tranchant... et si jamais cela soulevait une vague d'enthousiasme ?!!! (arrrgggh)

Mais non, au contraire, une marée de "Ooooooh noooooon, mais pourquooooooi...?", de mines inquiètes et déçues (yiiiipiiiie !!!) (ça fait super du bien à l'égo, si si si !)
Alors je ne les ai pas fait "mariner" (huhuhu) trop longtemps, et j'ai écrit en gros au tableau.

                                    Poisson d'avril   !!!

Il y a eu beaucoup de rires de soulagement (ça aussi ça fait du bien), et même un "Haaaaan, j'en étais sûr !" (mais bien sûr...)

                                            ****

Quelques CM par contre ont réussi à bien bien gâcher l'ambiance blagueuse de la journée. Cela avait bien commencé pourtant, de grandes filles sont venues me dire qu'il y avait un éléphant sous le préau, puis elles ont fait croire à leur maître qu'il y avait un blessé un peu plus loin, classique, bref. Ils avaient aussi découpé de jolis petits poissons colorés, se débattaient avec le scotch, s'approchaient plus ou moins discrètement et se donnaient des tapes dans le dos, l'air de rien. Rigolo.

Cela s'est gâté vers midi, quand les jolis et innocents poissons de la récré se sont parés de messages carrément vulgaires, et ont été déposés sur la porte de la cantine. Et dans le dos des plus jeunes.

Je vous passe la suite, en gros on a passé l'après-midi à attendre que les coupables aient le courage de se dénoncer eux-mêmes au lieu d'accuser les autres (alors qu'on avait reconnu les écritures) et cessent de se défausser ("c'est moi qu'ai écrit mais c'est pas moi qu'ai mis le scotch"), et qu'ils prennent un minimum conscience que leurs actes n'engagent pas que eux, mais également les plus petits qui ont trouvé les poissons, les cantinières qui se sont senties visées, etc. Et que la grossièreté est inadmissible.
(surtout avec des fautes d'orthographe.)

(Je voulais vous en montrer un spécimen, mais... hahem, j'arrive pas à trouver la commande de mon scanner, un comble !!! y'a pas l'icône et je ne le trouve pas dans les programmes, alors que je me sers de l'imprimante régulièrement, c'est du total grand n'importe quoi. Et comme là je suis bien naze, je crois que je ne trouverai pas ce soir... Allez zou, au dodo.)

PS : un poisson qui me fait bien rire par contre, quand on a des petits et que l'on sait garder son sérieux... c'est par là !

Posté par Mimi Je Reve à 23:30 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

dimanche 30 mars 2008

Re-tag

_cole

  Alors donc, on disait, que Little Girafe m'avait encore tagguée. Oh la la la la la !

Cette fois cela concerne mes manies de maîtresse. Je vais vous la faire en une fois cette fois (fois fois fois fois), parce que je pense que j'aurai moins besoin de développer. Encore que... on va voir ! Si c'est trop long je coupe, promis.

Donc, 6 de mes manies de maîtresse...

1 - J'ai toujours des pleines poches de trombonnes. Quand je prépare mon (leur) boulot, je trombonne les paquets de feuilles pour mieux me repérer. Et quand je tends le paquet à distribuer à celui qui est de service, j'enlève le trombonne, et comme généralement je suis loin du bureau à ce moment, bé je glisse le trombonne dans ma poche arrière. Alors quand je vide mes poches avant la lessive... je retrouve à chaque fois une bonne quinzaine de trombonnes. Il y a donc des grappes de trombonnes errant sur ma machine à laver, sur ma table de nuit, sur le table basse du salon, sur le micro-onde... là où je suis quand je pense à les enlever de mes poches !

2 - J'appelle souvent mes élèves "jeune fille", "jeune homme", ou "jeunes gens".
En début d'année ça les étonne un peu... mais il s'y font vite. Il y a toujours les rebelles qui pouffent et qui rétorquent :
"Maiiiiiiis on n'est pas des jeunes gens, pfffff !!!"
Ah bon ? Tu n'es pas jeune ? (euuh, si) Tu n'es pas une personne ? (euuuuuh, si)
Et ben alors ?! En rang, jeunes gens !

3 - Il règne sur mon bureau un bazar... hahem. J'essaie d'y remédier vite, c'est pas un exemple, bla bla bla, mais c'est plus fort que moi, ça s'empile ça s'empile ! Le travail à faire, celui à corriger, les dessins offerts, les bricoles amenées pour "montrer aux copains" (glands, jolis cailloux, photos du chien du tonton, carte postale de la tour Eiffel, et dernièrement des francs, comme on est dans la monnaie c'est bien), stylos en pagaille (c'est bien le mot !), affaires sans propriétaire, choses trop bien trouvées sur internet et imprimées à la va-vite que je ne sais pas dans quoi ranger, livres à réparer, matériel divers, frelon mort dans une boîte kinder, documents en vrac...
Pfffff. Souvent je n'ai pas le courage de m'attaquer à mon bureau le soir, alors je reviens, au calme, le mercredi ou le samedi aprèm'...

4 - Quand le silence tarde à venir, je me pose en face d'eux, appuyée au tableau ou à un mur, je croise les bras, avec un air très agacé, et je regarde ailleurs (par terre ou par la fenêtre, généralement.) (Enfin, ça c'est ce qu'il croient, parce que je ne perds pas une miette de celui qui fait le zozo au lieu de s'installer correctement ET VITE.) (L'enseignant a une vision périphérique ultra développée !)
Mais surtout je ne dis pas un mot.
Le premier rang ne tarde alors pas à se retourner vers les perturbateurs, "Chuuuuuut, la maîtresse atteeeend !"
ça ne marche plutôt bien... pour le moment.

5 - Quand un élève du 1er rang est absent, je réquisitionne sa table, qui devient alors annexe de mon bureau, j'y étale mon bazar (c'est pas ma faute, c'est plus fort que moi !), et je m'assois même carrément dessus au moment de leur lire une histoire. J'aime bien être assise sur une table...
Ceci dit c'est quand même rare, le taux d'absentéisme est très faible (0% pour novembre/décembre/janvier, par exemple !)
Ils pètent la forme, mes loulous.

6 - Comme les trombonnes, je me débarrasse parfois de mon stylo rouge (pilot  hi-tecpoint v5, toujours !) dans la poche arrière du jean's, et je l'oublie, et je le cherche partout ensuite, et je demande au 1er rang si je ne l'aurais pas laissé chez eux, et tout le monde cherche, et... je le retrouve à la récré quand je vais faire pipi. Ben vi, parce que le-dit stylo rouge se carapate de la poche généralement à ce moment-là. Et il tombe. Par terre, jusqu'à présent, ouuuuf.

(Y'a un peu plus, j'vous l'laisse ? Alleeeez...)
7 - J'aime que les tableaux soient bien nets pour commencer la journée. Les enfants de service lavent les tableaux le soir (quand on a le temps), mais ces chers petits ne savent pas tordre une éponge alors ça dégouline et ça fait des traînées, ou alors ils frottent dans tous les sens, et comme ils ne rincent pas bien l'éponge et ça laisse des traces blanchâtres en séchant... Alors le soir je relave le tableau, comme il faut, mais je ne leur dis pas bien sûr...

8 - Je dis souvent que je suis désolée qu'ils aient mal à la dent, là, au pied, juste là, au ventre, au doigt quand ils font comme ça, au genou, à la nuque, au coude où il y a une micro-égratignure, etc, vraiment je suis super désolée pour eux, mais que je n'ai pas ma baguette magique sur moi aujourd'hui, qu'ils vont devoir souffrir en silence. Ce qui les fait rire.
Bizarrement d'ailleurs, ils n'ont jamais mal à la langue...

9 - Quand ils font un travail nécessitant les crayons de couleur, je passe dans les rangs, je cherche dans les trousses et je taille les crayons qui en ont besoin. D'une part quand c'est moi qui taille, la mine casse moins, et ensuite c'est l'occasion d'échanger quelques mots individuellement. Et c'est caaaalme...
Bien sûr, je ne peux faire cela que parce que je n'ai qu'un seul niveau, c'est à dire juste cette année. Et aussi parce que ce sont des CE1, encore pas trop grands...

...

Bon, c'est officiel, cette maîtresse ne sait définitivement pas compter. :-D
*soupiiiiir...*
Je ne taggue personne à mon tour, parce que vu que je suis à la bourre, je ne sais plus qui l'a fait ou non parmi les collègues que je lis. Alors si ce n'est pas votre cas, et bé... servez-vous, surtout !

Euuuuh vous saviez que trombonne en fait ça s'écrit trombone ? C'est quand même fou, non ? Y'a des mots, comme ça...
Heureusement que j'ai vérifié !

Posté par Mimi Je Reve à 20:45 - Commentaires [15] - Permalien [#]
vendredi 28 mars 2008

Tiens...?

C'est arrivé dans la classe d'un collègue, qui s'est empressé de me raconter à voix basse, et que je vous divulgue à mon tour, mais j'ai confiance, vous ne répéterez pas n'est-ce pas ? N'EST-CE PAS... ???

La classe se rend au terrain de sport, et alors que la petite troupe en rang par 2 passe sur le trottoir en face de chez lui, un élève s'écrie :
- Tiens, pourquoi y'a la voiture de maman ? Elle m'avait dit qu'elle travaillait cet après-midi ?

Puis 30 secondes plus tard :
- Tiens, pourquoi y'a aussi la voiture de Gilles, le copain de papa ?


(Mouhahahahaha...)

Posté par Mimi Je Reve à 20:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
jeudi 27 mars 2008

(oh et puis après tout, un blog ça doit aussi servir à ça...)

C’était mi-septembre. 1993.

 

Mamy était malade, très, et tous les jours avec mon permis tout neuf je véhiculais mon grand-père jusqu’à l’hôpital.

 

Il échangeait quelques mots brefs avec elle, s'agaçait des non-dits des docteurs, tournait en rond quelques minutes et s’en allait en ville, me laissant là tout l’après-midi. Comme une gêne pour lui de rester dans cette chambre d’hôpital. Mamy s’inquiétait de ce qui se passait à l’extérieur, s'inquiétait de la famille, posait plusieurs fois les mêmes questions. Puis elle somnolait.
Je faisais des mots fléchés.
Il repassait le soir, et nous rentrions tous les 2, faire face aux multiples coups de fil demandant des nouvelles, tous, obligations familiales, les petits à l’école, les grandes en vacances avec le petit copain tout neuf, ou en révision pour examen…
Je leur en voulais un peu de ne pas être là, elles, mes cousines. Moi je n’aurais pas voulu être ailleurs. Les vacances et les bêtises on les avait faites ensemble dans cette maison, et puis là il n’y avait plus personne. Que de la distance et le téléphone.L’ambiance était lourde mais j’étais contente d’être là, même si je n’avais pas emmené tous mes cours pour réviser les partiels à repasser, même si j’avais encore la tête dans 2 mois de colos fabuleux et riches en émotions, et un genou tout fraîchement en vrac.

Seule là, à table, en face d’un Papy triste, taciturne et dépassé, s’exprimant par monosyllabes. Là, dans cette 205 ronflante usée par les mauvais traitements infligés par un propriétaire sourd, lequel me houspillait parce que je prenais mes ronds-points beaucoup trop prudemment. Et Dieu qu’il y en a, des ronds-points pour aller jusqu’à Montpellier. Je me sentais maladroite et tellement impuissante, toute petite, mais je voyais Mamy tous les jours et je pouvais l’embrasser.

 

J’étais toute seule le soir devant la télé, parce que Papy préférait aller au lit (lire ? je crois plutôt qu’il ruminait, en tout cas il ne dormait pas), programmes nuls et pourtant Papy avait investi dans un décodeur, mais rien, envie de rien. Juste envie de passer plus de temps avec Mamy, semi-consciente. Ou d'espérer un miracle. Ce soir quand je l’avais bisée en lui souhaitant une bonne nuit, elle m’avait rappelé de ne surtout pas oublier de lui rapporter des esquimaux à la vanille, demain. Ma gourmande Mamy.
Je zappais, retardais le moment de retrouver, seule, la mezzanine, d'ordinaire emplie de fofolles, de chahuts et de rires, mais si silencieuse et étouffante en cette fin d'été.
Rien à la télé, pas vraiment sommeil, pas envie d'aller me coucher... J’en arrivais à regarder les résultats du foot, c’est dire l’ambiance et le néant. Soir après soir.  Il a de beaux yeux, ce journaliste sportif, n’empêche. Soir après soir.

 

Il  y a eu ce coup de fil vers 23h30, le temps qui s’arrête, Papy qui décroche dans la chambre, mon cœur qui s’arrête à son tour, chercher la touche mute de la zapette, le son qui s’arrête, essayer d’écouter la conversation dans la pièce à côté, Papy qui grogne, ce silence, chercher désespérément un indice qui orienterait sur une autre piste, non, ce n’est pas ça, non, (mais qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ?), se concentrer sur les beaux yeux du journaliste muet.
Entendre le déclic, Papy a raccroché, approcher de la chambre tout doucement, le trouver debout en slip sur le pas de sa porte, perdu, fragile, l’embrasser. Laisser couler ce qui doit couler. Eteindre la télé et le journaliste aux beaux yeux.

 

Ensuite Papy est allé direct dans la bahut de la cuisine et a avalé une grosse rasade de whisky, au goulot. On s’est habillés. Ces put%*+$ de ronds-points de nuit, la vue brouillée, le garde à la barrière de l’hosto qui fait semblant de ne pas comprendre et m’oblige à répéter 3 fois le pourquoi de notre présence.
Mamy, droite et immobile dans la pénombre de cette chambre anonyme.
Mamy droite et belle allongée dans cette véranda le lendemain.
L’organisation de ce lendemain, ces ordres secs de Papy de faire la véranda à fond pour enlever toutes ces grosses araignées, de changer les draps de toutes les chambres, de… maquiller Mamy. Il la trouvait trop pâle, pas assez souriante.

Maquiller Mamy.
Ultime tête à tête entre elle et moi. Privilège. Difficile. Très. Mais privilège, incontestablement.
 
L’arrivée de tout le monde, l’inondation générale, une cousine qui regrette de n’avoir pas pu lui dire au-revoir, elle aurait pu venir, si seulement elle avait su (c'est pas faute d'avoir pris des nouvelles, pourtant). Une autre qui s’inquiète de moi (ça ira bien, merci.) Les souvenirs, les anecdotes avec Mamy, qui provoquent les sourires.

...

 

 

 

 

 

Les yeux de ce journaliste sportif. Je me fiche bien des résultats de foot, mais à chaque fois que je suis tombée par hasard sur cet homme dans mon petit écran, le salon sombre, le téléphone qui résonne dans la nuit, l’aller-retour à l’hôpital, tout était à nouveau là.
Et son regard clair comme un soutien. Comme un secret entre lui et moi.
Entre Mamy, lui et moi.

...

Thierry Gilardi vient de mourir brutalement, et depuis mardi soir, j’accuse le coup assez fort.
Je vais être à court de kleenex, ça coule, ça coule, ça coule.
C’est inattendu, comme nouvelle déjà, et comme réaction de ma part. Dépassée.
Mais ça me fait vraiment quelque chose. Par vagues dans la journée, ça monte pis ça déborde... un peu. J’ai lâchement accusé les pollens, à l’école aujourd’hui, pour couper court aux questions.
Et ça coule en tapant, je trouve les touches à tâton, je ne vois plus ce qui est écrit dessus. Je ne sais pas comment on peut contenir autant d’eau.


Je ne croiserai plus les beaux yeux du journaliste, Mamy, tu sais ?
C’est tellement injuste pour sa famille.

 

 

Posté par Mimi Je Reve à 19:29 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
mardi 25 mars 2008

Tag-séveune

7 - J'ai un tic de langage (naaan, sans déc' ???)

Je ne vous ferai pas l'affront de vous dire lequel... ?!

J'en ai pris conscience lors de ma toute première année d'enseignement, une classe de maternelle. Je travaillais avec les grandes sections, les petits peinturluraient avec l'atsem, et les moyens disposaient de quelques minutes au "coin jeux d'imitation". Et ce petit groupe jouait à ce moment-là à... la maîtresse.
Tout en appuyant sur le sens du tracé du chiffre 9 avec mes grands, je laissais traîner une oreille en direction des moyens, et je suis restée scotchée par la véracité de l'imitation. Cette petite bonne femme haute comme trois pommes qui tenait mon rôle avait ma posture, mes intonations, ma façon de m'adresser à eux, et ponctuait une phrase sur deux par des "Non mais je rêêêêve !" bien appuyés, plus vrais que nature. Ma super atsem se mordait les lèvres très fort pour ne pas rire. Le groupe de ceux qui "jouaient aux élèves" en rajoutait 3 tonnes, singeant le copain, le sage prenant le rôle d'un remuant et vice-versa. Un vrai jeu de rôle spontané. Et la petite maîtresse avait du fil à retordre avec ce groupe déluré, qu'elle menait d'une main de fer.
Je me suis vue. Je me suis entendue, surtout.

Donc oui, d'accord, je le dis très souvent, version courte (2 mots), ou version longue (4, ou parfois même 5), tout dépend des circonstances. Souvent c'est spontané, c'est le propre d'un tic langagier n'est-ce pas. Parfois j'en rajoute un peu...
Et puis, il y a les mimiques qui vont avec,
les yeux au ciel, exaspérée,
les yeux écarquillés version là-tu-exagères,
sourcils froncés version là-ça-va-pas-du-tout-tu-te-fiches-de-moi-non-mais-ho
sourcil levés et mouvement de tête de gauche à droite, version désabusée,
bouche bée version scotchée/vraiment surprise...

Nan mais attends, je rrrrrrrrêêêve !!!

Posté par Mimi Je Reve à 20:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
lundi 24 mars 2008

Tag-sics

6 - Je suis sujette à "la peur de tomber dans le vide".
Ce qui n'est pas tout à fait la même chose que le vertige.

Je ne peux pas me pencher au bord d'une falaise. Mais comme j'ai quand même très envie de voir en bas, je peux avancer assise. (Voire en rampant !!!) Pas de risque de basculer quand on est assis. Bon, pas trop près du bord quand même, hein.

Je ne peux pas m'appuyer sur la rambarde d'un balcon si je n'ai pas vérifié sa solidité, en la secouant un peu par exemple. (Ce qui est forcément relatif, bien sûr.)
Monter sur un escabeau... hahem, tant que je me tiens aux montants, si les pieds sont bien posés par terre, ok.
Quand je dois tout lâcher pour attraper l'ampoule, rien ne va plus.
Même en classe, tenir d'une main les punaises et de l'autre l'affiche, ben la maîtresse elle est pas fière tout en haut de son escabeau...

J'aime beaucoup skier, mais prendre le télésiège reste un moment pénible, quand même. Si je suis assise au milieu, bien calée ça peut aller. Si je me retrouve au bord... je pourrais glisser entre le siège et le garde-corps, on sait jamais ! (quoi ça risque rien ? Ouais ben on sait pas, hein, entraînée par le poids, le matos + moi, les habits qui glissent, ça peut passer, on sait pas et je ne veux pas tenter !) Pire, un télésiège en descente... comme en février où nous n'avons pas pu rejoindre la station par la piste habituelle, because plus de neige !, il a fallu redescendre en télésiège. Oh lala, cette descente pendue au dessus du vide... une torture. Vraiment. Et en plus ma frangine respirait (nan mais quelle idée aussi), ça faisait tout bouger, l'horreur !!! Je rigolais nettement moins, là.

Ce n'est pas du vertige dans le sens où je n'ai pas la tête qui tourne, la vue qui se brouille tout ça, non, juste... je pourrais tomber, et à partir d'une certaine hauteur tomber ça peut quand même être un peu douloureux, non ?

En ce moment il est question à l'école que le voyage de fin d'année soit une sortie "accrobranche". J'ai déjà prévenu les collègues que je ne quitterai pas la terre ferme... Je les attends en bas !
Je crois qu'il me serait totalement impossible de traverser un ravin sur une passerelle remuante, genre Indiana Jones ou... Schrek, même. (Haha, ça c'est de la référence, hein !)
Ou peut-être à plat ventre.
Et encore.

En fait si je vois, si je sens que je NE PEUX PAS tomber, aucun problème avec le vide.
Mais si la balustrade est un peu branlante, ou même s'il n'y a aucune barrière... je ne m'appuie pas, je ne m'approche pas, je ne me penche pas.

IM-POS-SIBLE.

* hééé, tu savais que rembarde en fait ça s'écrit rambarde ? Ben moi, je viens de découvrir !

 

Posté par Mimi Je Reve à 20:50 - - Commentaires [19] - Permalien [#]